Droit de la famille · 7 min
Peut-on régler les questions parentales avant le partage des biens et les pensions alimentaires?
Stewart v Richardson, 2026 BCCA 362, explique pourquoi des questions financières non réglées n’empêchaient pas une décision parentale dans cette affaire, et pourquoi la réponse dépend toujours de l’enfant, des enjeux et des preuves.

Une séparation se résume rarement à un seul différend bien délimité. Arrangements parentaux, revenus, pensions alimentaires, divulgation financière et partage des biens peuvent avancer à des rythmes différents. Un parent peut souhaiter un horaire stable dès maintenant, tandis que l’autre estime qu’aucune décision définitive ne devrait intervenir avant le règlement des finances.
L’enfant doit-il attendre la fin de toute l’affaire? Pas nécessairement. Dans Stewart v Richardson, 2026 BCCA 362, rendu le 1er septembre 2026, la Cour d’appel a confirmé une décision parentale prise alors que des questions financières restaient en suspens. Les motifs expliquent pourquoi une séparation des questions convenait au dossier, sans établir une règle voulant qu’il faille toujours régler les questions parentales en premier.
Une ordonnance existait, mais la révision parentale prévue avait tardé
Les parents se sont séparés en 2019, alors que leur enfant était jeune. Une ordonnance définitive sur consentement rendue en 2021 traitait des finances et des arrangements parentaux. L’enfant vivait principalement avec sa mère, et une révision ultérieure du temps parental était envisagée. Cette révision n’a pas eu lieu comme prévu.
Le conflit familial a persisté. Un coordonnateur parental a été nommé, puis s’est retiré. Un rapport fondé sur l’article 211 de la Family Law Act a été préparé en octobre 2024. Il recommandait un temps parental partagé et l’attribution au père du pouvoir décisionnel final.
En juin 2025, les questions parentales ont été entendues par procès sommaire. L’ordonnance qui en a résulté prévoyait un temps parental égal et confiait au père le pouvoir décisionnel final. Les demandes financières demeuraient non réglées.
La mère a interjeté appel. Elle soutenait notamment que les questions parentales n’auraient pas dû être tranchées par procès sommaire avant les questions financières. Elle contestait aussi certains aspects de l’appréciation des preuves, dont l’évaluation parentale et les préoccupations concernant la violence familiale.
Qu’a décidé la Cour d’appel?
L’appel a été rejeté. La Cour n’a trouvé aucun motif d’intervenir dans le choix du procès sommaire ni dans l’ordonnance parentale qui en découlait.
Un point important était que les questions financières en suspens n’empêchaient pas le juge de trancher les questions parentales dont il était saisi. Après une révision retardée et un conflit persistant, l’enfant avait besoin d’un règlement plus définitif. La Cour a aussi relevé que fixer l’horaire parental pouvait aider à clarifier les positions des parties sur les pensions alimentaires.
L’arrêt ne dit pas que la situation financière ne peut jamais influencer les arrangements parentaux. Le logement, les horaires de travail, le transport et les besoins de l’enfant peuvent créer de véritables liens dans une autre affaire. Ici, aucune raison juridique ou probante suffisante n’imposait de terminer le litige financier en premier.
Un procès sommaire reste fondé sur la preuve
Le procès sommaire peut permettre de trancher une question sans tenir un procès traditionnel où toute la preuve serait présentée oralement. Il n’abaisse pas la norme de preuve et n’autorise pas à décider d’un différend parental sur de simples impressions.
Le tribunal doit pouvoir établir les faits nécessaires et cette façon de procéder ne doit pas être injuste. Des preuves contradictoires ne rendent pas automatiquement le procès sommaire inapproprié. Certains conflits, enjeux de crédibilité ou éléments manquants peuvent toutefois nécessiter un procès plus complet.
Stewart montre aussi l’importance de présenter les preuves et les demandes procédurales adaptées à l’audience effectivement prévue. La partie qui s’oppose à une décision sommaire devrait expliquer quels faits importants ne peuvent être tranchés équitablement, quelles preuves manquent et pourquoi cela compte. Une préférence générale pour traiter toute l’affaire ensemble peut ne pas suffire.
Ce que le rapport parental établissait, et ses limites
Une évaluation prévue à l’article 211 peut porter sur les besoins et les opinions de l’enfant, ainsi que sur la capacité et la volonté des parties d’y répondre. Elle peut constituer une preuve importante, surtout dans un différend parental difficile.
Mais le rapport n’est pas l’ordonnance. Le juge reste responsable de la décision et doit examiner le rapport avec les autres preuves pertinentes et le critère applicable de l’intérêt de l’enfant. Dans Stewart, la Cour d’appel n’a pas retenu l’argument selon lequel la décision reposait indûment sur le rapport ou négligeait les préoccupations pertinentes.
Si vous contestez une évaluation, identifiez le problème précis de fait ou de méthode et les preuves qui soutiennent votre position. Dire simplement que l’évaluateur préférait l’autre parent explique rarement pourquoi la recommandation devrait être écartée.
L’arrêt ne crée pas de présomption de temps parental égal
L’arrangement égal confirmé dans Stewart était celui retenu pour cet enfant, à partir de ce dossier. Il ne signifie pas que chaque parent a droit à la moitié du temps ni qu’un même horaire convient à tous les enfants.
L’intérêt de l’enfant demeure au centre de l’analyse, y compris sa sécurité et, lorsqu’elle est pertinente, l’incidence de la violence familiale. Le souhait d’un parent d’accélérer ou de retarder les négociations financières ne doit pas remplacer cette analyse. L’arrêt ne permet pas non plus de mettre de côté des préoccupations de sécurité par commodité administrative.
Un appel n’est pas davantage une seconde occasion de recommencer le même différend parental. La Cour d’appel applique les normes de contrôle pertinentes; elle ne choisit pas simplement l’arrangement qu’elle aurait préféré. De nouvelles circonstances peuvent justifier des conseils sur une demande de modification plutôt qu’une tentative de rediscuter en appel les preuves initiales.
Quelles questions poser avant de traiter les enjeux séparément?
- De quelle décision concrète l’enfant a-t-il besoin maintenant : horaire, responsabilités décisionnelles, condition de voyage ou autre ordonnance?
- La preuve permet-elle de trancher cette question équitablement, y compris les préoccupations de sécurité?
- Quelles questions financières non réglées influencent réellement les arrangements parentaux proposés?
- Une ordonnance provisoire, une décision définitive ciblée ou un procès traditionnel serait-il préférable?
- Quelles divulgations, évaluations, dépositions ou démarches procédurales restent nécessaires?
Ces questions permettent de transformer un désaccord général sur le calendrier en un plan de litige concret. Il ne s’agit pas de scinder une affaire pour le principe, mais de déterminer si une question centrée sur l’enfant peut avancer de façon responsable.
À retenir
Stewart v Richardson confirme que des questions de biens ou de pensions alimentaires non réglées ne bloquent pas automatiquement une décision parentale. Les liens entre les enjeux, la suffisance de la preuve, l’équité procédurale et l’intérêt de l’enfant sont déterminants.
Sinclair Centre Law LLP peut vous aider à évaluer les demandes parentales, le moment de traiter les questions financières connexes et les preuves nécessaires à une audience ciblée en Colombie-Britannique. Appelez notre bureau de Vancouver au 604-210-2009 pour discuter de votre situation.
Cet article fournit des renseignements généraux, et non des conseils juridiques. Le résumé porte sur l’arrêt du 1er septembre 2026 et ne prédit pas les arrangements parentaux appropriés pour une autre famille.
Références
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