Droit de la famille · 6 min
Mon ex refuse de communiquer ses renseignements financiers : que peut faire le tribunal en C.-B.?
Pearce v. Napier, 2026 BCSC 1694, illustre les conséquences des manquements répétés à la divulgation et explique pourquoi l’outrage au tribunal n’est pas une étape automatique en droit familial.

Il est difficile de conclure une entente alimentaire éclairée ou de vérifier un partage de biens proposé lorsque des documents financiers importants manquent. Les promesses répétées de les fournir peuvent bloquer le règlement d’une séparation pendant que les frais juridiques s’accumulent.
Les tribunaux de la Colombie-Britannique disposent de plusieurs outils pour remédier à la non-divulgation. La meilleure réponse n’est pas toujours la plus spectaculaire. Dans Pearce v. Napier, 2026 BCSC 1694, rendu le 3 septembre 2026, le tribunal a examiné un problème prolongé et expliqué pourquoi l’outrage civil au tribunal demeure un dernier recours, même lorsque ses éléments sont établis.
Que s’est-il passé dans Pearce v. Napier?
Les parties étaient d’anciens conjoints ayant trois enfants et un historique de litiges familiaux. Une ordonnance sur consentement d’avril 2025 exigeait des renseignements financiers, dont un état financier sur formulaire F8. La divulgation requise n’a pas été complétée à temps.
D’autres ordonnances ont suivi. En janvier 2026, le tribunal a de nouveau exigé l’état financier et les pièces justificatives. Certains documents ont été fournis, mais les déclarations de revenus et avis de cotisation manquaient toujours. En avril, un juge a imposé une amende de 1 000 $ ainsi qu’une nouvelle ordonnance de dépens.
La partie demanderesse a ensuite sollicité une déclaration d’outrage et une amende de 5 000 $. Avant l’audience de juillet, la partie défenderesse a transmis les documents exigés par les ordonnances existantes. Au moment de l’audience sur l’outrage, ce défaut avait donc été corrigé.
Cette chronologie est importante. Le jugement de septembre n’a pas imposé l’amende de 5 000 $ demandée pour outrage. Il n’a pas non plus déclaré acceptables les manquements antérieurs.
Pourquoi le tribunal a-t-il refusé de prononcer l’outrage?
L’outrage civil répond à un critère exigeant. Il faut prouver hors de tout doute raisonnable qu’une ordonnance précisait clairement ce qui devait être fait ou évité, que la personne en avait effectivement connaissance et qu’elle a intentionnellement accompli l’acte interdit ou omis l’acte requis. L’omission intentionnelle n’exige pas de prouver en plus une intention distincte d’insulter le tribunal.
Dans Pearce, le juge a conclu que les éléments essentiels étaient prouvés. Le tribunal conservait néanmoins le pouvoir discrétionnaire de prononcer ou non l’outrage et a refusé de le faire dans les circonstances.
Les documents avaient été communiqués avant l’audience. Les autres mécanismes de la Family Law Act avaient obtenu le respect des ordonnances; l’outrage n’était donc pas nécessaire comme mesure supplémentaire à ce stade. Le juge a insisté sur la proportionnalité et averti qu’un futur manquement pourrait mener à un résultat différent.
La leçon est nuancée : une communication tardive ne rend pas le retard antérieur anodin, mais la preuve d’un manquement ne produit pas automatiquement une déclaration d’outrage. Le tribunal considère l’objectif et le contexte de la mesure demandée.
Quels outils existent avant l’outrage?
L’article 212 de la Family Law Act permet d’ordonner la divulgation à toute étape de l’instance. L’article 213 vise tant l’omission de divulguer que les renseignements incomplets, faux ou trompeurs.
Selon les circonstances, le tribunal peut ordonner une divulgation supplémentaire, tirer une inférence défavorable, attribuer un revenu approprié, exiger une garantie ou ordonner le paiement des dépenses causées par le manquement. L’article permet aussi certaines ordonnances pécuniaires ou amendes allant jusqu’à 5 000 $. Ce sont des pouvoirs disponibles, et non des droits automatiques dès qu’un document arrive en retard.
Pour la personne qui attend les pièces, l’objectif devrait être d’obtenir des renseignements utilisables et de faire avancer le dossier. Une ordonnance indiquant précisément les documents manquants et une échéance réaliste peut être plus efficace qu’une demande axée uniquement sur la punition.
Si une question alimentaire ne peut raisonnablement attendre, des conseils peuvent aussi être nécessaires sur une ordonnance provisoire ou sur le revenu à retenir selon les preuves. Le manque d’information n’autorise pas l’autre partie à choisir un chiffre arbitraire, mais peut influencer les inférences que le tribunal est prêt à tirer.
Décrire précisément le problème
Dire « mon ex cache tout » exprime une frustration compréhensible, mais ne constitue pas une demande de documents utile. Indiquez ce qui est nécessaire et son lien avec une question que le tribunal doit trancher.
Il peut s’agir, par exemple, d’une déclaration fiscale pour une année donnée, d’un avis de cotisation, de relevés de comptes identifiés, d’états financiers d’entreprise ou de justificatifs d’une dépense réclamée pour un enfant. La divulgation requise dépend des enjeux : un dossier de revenu salarié simple et une société à actionnariat restreint peuvent exiger des pièces différentes.
Une chronologie pratique indique l’obligation, l’échéance, les demandes faites, les réponses reçues et ce qui manque encore. Joignez l’ordonnance elle-même plutôt que de vous fier au souvenir des propos du juge. Distinguez les documents jamais fournis de ceux qui ont été fournis mais paraissent incompatibles avec d’autres preuves.
Si vous avez vous-même du mal à respecter l’ordonnance
N’ignorez pas l’échéance parce que la collecte est difficile ou que vous estimez l’autre partie injuste. Déterminez ce que vous pouvez remettre, documentez vos démarches pour obtenir le reste et consultez rapidement au sujet d’une clarification, d’un délai supplémentaire ou d’une autre ordonnance appropriée.
Si les documents n’existent réellement pas ou sont détenus ailleurs, expliquez-le avec exactitude. Remettre tardivement un ensemble de pièces sans explication ne règle pas nécessairement le problème. N’inventez pas de chiffres et ne présentez pas des données incomplètes comme complètes.
La divulgation familiale comporte aussi des limites de confidentialité. Les renseignements obtenus par ordonnance ne sont pas destinés à être rendus publics ou utilisés comme moyen de pression à l’extérieur du différend. L’article 212 en restreint la divulgation au règlement du litige familial et aux modalités de l’ordonnance.
Ce qu’il faut retenir
Pearce v. Napier montre que la non-divulgation répétée peut avoir de véritables conséquences, tout en maintenant l’outrage comme mesure proportionnée de dernier ressort, et non comme raccourci habituel. Un dossier clair des pièces manquantes et une demande ciblée permettent au tribunal de traiter le problème.
Sinclair Centre Law LLP peut vous aider avec les demandes de renseignements financiers, les mesures d’exécution et les différends alimentaires en C.-B. Appelez notre bureau de Vancouver au 604-210-2009 pour discuter des ordonnances existantes, des pièces manquantes et de la prochaine étape procédurale.
Cet article est de l’information générale, non un avis juridique. Le résumé porte sur la décision du 3 septembre 2026 et ne prédit pas l’issue d’un autre différend de divulgation.
Références
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Indiquez la nature générale de votre dossier et toute échéance urgente. N’envoyez pas de documents confidentiels avant confirmation du mandat.
