Droit de la famille · 7 min
Les parents ont contribué à la mise de fonds : don ou prêt après une séparation en Colombie-Britannique?
L’aide familiale à l’achat d’une maison peut soulever des questions difficiles après une séparation. L’intention initiale, les documents et la distinction entre dette familiale et créance du parent sont déterminants.

La contribution d’un parent peut rendre l’achat d’une maison possible. Des années plus tard, après une séparation, le même virement peut devenir l’un des points les plus contestés du dossier. Un conjoint parle d’un don, l’autre affirme qu’il faut rembourser. Le parent peut soutenir qu’il s’agissait toujours d’un prêt, même si aucun paiement n’était demandé pendant la vie commune.
On ne peut donner de réponse fiable en se fondant uniquement sur le lien de parenté avec la personne qui a fourni les fonds. Il faut distinguer trois questions : existait-il une véritable obligation de remboursement? À qui le don éventuel était-il destiné? Quels droits appartiennent aux conjoints entre eux, et quels droits appartiennent au parent lui-même?
Les règles patrimoniales de la Family Law Act abordées ici s’appliquent généralement aux conjoints mariés et aux partenaires non mariés ayant vécu ensemble dans une relation assimilable au mariage pendant au moins deux ans. D’autres questions se posent lorsque ce seuil n’est pas atteint.
Commencer par l’entente au moment du transfert
Les preuves les plus solides sont souvent celles créées avant le conflit : convention de prêt, lettre de don, instructions bancaires, courriels, textos ou instructions à l’avocat chargé de l’achat. Les explications ultérieures comptent aussi, mais doivent être confrontées aux documents de l’époque.
Qui a demandé l’argent? Qu’a-t-on dit du remboursement? Les deux conjoints ont-ils accepté? A-t-on discuté d’intérêts ou de garanties? Qu’est-il arrivé ensuite? Des versements réguliers peuvent appuyer l’existence d’un prêt. Leur absence peut demander une explication, sans trancher à elle seule la question.
Une lettre de don remise au prêteur hypothécaire peut être importante. Si quelqu’un affirme maintenant qu’elle ne reflétait pas la véritable entente, cette contradiction exige une explication rigoureuse et honnête. Il ne faut ni antidater un contrat ni demander au parent d’adopter une nouvelle version des faits.
Un prêt verbal n’est pas automatiquement invalide faute de contrat formel. À l’inverse, intituler un document « prêt » ne rend pas chaque modalité contestée exécutoire. L’intention, les conditions, les autres preuves et le droit applicable demeurent importants.
S’il s’agissait d’un don, qui en était bénéficiaire?
L’article 85 de la Family Law Act exclut certains biens du partage, notamment un don fait à un conjoint par un tiers et les biens qui en proviennent. Le conjoint qui invoque l’exclusion doit la prouver. Le don d’un parent destiné à son propre enfant pose une question de preuve différente d’un don destiné aux deux membres du couple.
Lorsque le don a servi à la mise de fonds plutôt que de rester dans un compte séparé, il faut retracer l’argent. Relevés bancaires, documents d’achat, actes de vente ultérieure ou de refinancement peuvent relier la contribution initiale aux biens existant à la séparation.
La loi actuelle prévoit aussi qu’une exclusion établie subsiste malgré le transfert, d’un conjoint à l’autre, de la propriété en droit ou du droit de propriété bénéficiaire. Il serait donc imprudent de supposer qu’une inscription aux deux noms fait automatiquement disparaître l’exclusion. Il faut encore examiner les ententes, l’origine et le montant du don ainsi que les exceptions légales.
Exclure un bien ne signifie pas non plus exclure toute sa plus-value. La loi inclut généralement l’augmentation de valeur des biens exclus dans les biens familiaux. En présence de plusieurs apports, hypothèques et transactions, le calcul dépasse la simple soustraction d’une mise de fonds dont on se souvient.
S’il s’agissait d’un prêt, deux relations doivent être distinguées
Une véritable obligation contractée pendant la relation peut constituer une dette familiale au sens de l’article 86. Sa répartition entre les conjoints ne signifie toutefois pas nécessairement que le parent peut l’exiger directement de chacun d’eux.
Cette distinction était centrale dans Lan v Buchanan, 2026 BCCA 370, rendu le 4 septembre 2026.
Dans la procédure familiale antérieure, des avances d’un parent avaient été qualifiées de prêts et réparties entre les conjoints comme dettes familiales. Le parent a ensuite poursuivi son ancienne belle-fille. Le juge saisi de la demande a accordé un jugement sommaire de 248 120,60 $, considérant l’ordonnance de partage des dettes comme un fondement suffisant du recours parental.
La Cour d’appel a annulé ce jugement. La partie 5 de la Family Law Act régit les droits entre conjoints. Les articles 82 et 97(3) préservent la situation distincte des créanciers tiers. La répartition d’une dette familiale ne crée pas, à elle seule, un contrat entre le parent et un conjoint qui n’a pas autrement accepté d’être emprunteur.
Le parent devait établir un droit contractuel de recouvrer la somme auprès de cette défenderesse. La Cour a également relevé une véritable question nécessitant un procès quant au moyen de défense fondé sur la prescription. Elle n’a pas décidé que les avances étaient des dons, que le parent ne pourrait jamais récupérer l’argent ou que toute la réclamation devait être rejetée.
Ce que cela signifie pour une maison financée par la famille
Imaginons qu’un parent prête de l’argent uniquement à son enfant adulte pour l’aider à acheter une maison pendant son mariage. L’obligation peut devoir être prise en compte entre les conjoints comme dette familiale. Cela ne transforme pas automatiquement l’autre conjoint en emprunteur dans le contrat du parent.
L’inverse est tout aussi important. Une entente de séparation attribuant une dette à un conjoint ne libère pas nécessairement l’autre d’un contrat qu’il a réellement signé avec le prêteur. L’arrangement familial et les droits du créancier doivent être examinés séparément.
Pour un parent qui envisage son propre recours, Lan rappelle aussi de ne pas supposer que la prescription commence à la fin du litige familial. Les modalités du prêt et les règles de découverte applicables demandent une analyse indépendante.
Comment préparer un dossier de preuve utile
- Consigner chaque transfert séparément : date, devise, expéditeur, destinataire et objet.
- Conserver l’entente originale, la lettre de don au prêteur et les documents de clôture de l’achat.
- Réunir les échanges complets sur le remboursement, la remise de dette ou les bénéficiaires.
- Relever les remboursements, intérêts, garanties, demandes de paiement et modifications ultérieures.
- Retracer les fonds dans la maison, puis lors de toute vente, tout refinancement ou achat de remplacement.
Ne présumez pas que toutes les contributions parentales ont la même nature. Un transfert peut être un don, et une avance ultérieure un prêt. Une contribution peut aussi soulever une question de propriété ou de fiducie allant au-delà de cette alternative.
Ce qu’il faut retenir
Le bon point de départ est la preuve, non l’étiquette familiale. Établissez l’entente initiale, suivez les fonds et distinguez le partage entre conjoints de la réclamation indépendante du parent.
Sinclair Centre Law LLP peut évaluer les prêts familiaux contestés, les contributions à la mise de fonds et les demandes d’exclusion de biens lors d’une séparation en C.-B. Appelez notre bureau de Vancouver au 604-210-2009 pour discuter des documents et des questions à résoudre.
Cet article fournit des renseignements généraux, et non un avis juridique. Il présente le cadre législatif actuel et l’arrêt Lan v Buchanan au 7 septembre 2026.
Références
Sinclair Centre Law
Commencez par une première conversation.
Indiquez la nature générale de votre dossier et toute échéance urgente. N’envoyez pas de documents confidentiels avant confirmation du mandat.
