Aperçu

En droit de la famille de la Colombie-Britannique, la présomption de partage égal des biens familiaux est une pierre angulaire de la Loi sur le droit de la famille (LDF). Bien que la législation permette un partage inégal en cas d'« injustice importante », les professionnels du droit ont longtemps débattu de l'endroit exact où se situe ce seuil. Le 10 décembre 2025, la Cour d'appel de la Colombie-Britannique (CACB) a fourni une réponse décisive dans l'affaire Lamoureux c. Hedquist, 2025 BCCA 438. La Cour a annulé la décision d'un juge de première instance d'accorder à un propriétaire d'entreprise 75 % de la croissance de la valeur de ses entreprises, renforçant le fait que le manque de contribution directe d'un conjoint à une entreprise n'est pas un motif suffisant pour s'écarter du partage égal. ### Contexte de l'affaire Les parties, Leanne Lamoureux et Thomas Hedquist, ont eu une relation de type conjugal pendant environ cinq ans, se terminant en 2020. M. Hedquist est entré dans la relation en possédant des actions dans plusieurs sociétés, dont Trademark Industries Ltd. et Superior Septic Services Ltd. Les parties se sont entendues sur les évaluations de ces actifs exclus:

La Cour a réitéré que l'« injustice importante » exige quelque chose de « lourd, significatif ou impérieux » (Jaszczewska c. Kostanski, 2016 BCCA 286). Il ne suffit pas de montrer qu'un conjoint a travaillé plus dur ou a contribué davantage financièrement. Le législateur avait l'intention de restreindre le pouvoir discrétionnaire du juge afin de promouvoir la certitude. 2. L'« élan » est déjà pris en compte L'intimé a fait valoir que la croissance de l'entreprise était due à un élan antérieur à la relation. La CACB a rejeté cet argument, notant que la juste valeur marchande (JVM) convenue au début de la relation (1,285 million de dollars) avait déjà pris en compte cet élan et le potentiel de gains futurs. Attribuer la croissance subséquente à des efforts antérieurs à la relation constituerait une « attaque indirecte contre l'évaluation convenue ». 3. Rejet de la théorie du « wagon attelé » La Cour a explicitement rejeté le raisonnement du juge de première instance concernant le « wagon attelé », déclarant: > « À mon avis, il est contraire à la politique législative de fonder un partage inégal sur la conclusion qu'un conjoint a 'attelé son wagon' à une entreprise déjà prospère et en croissance. C'est exactement le genre d'analyse que le nouveau cadre statutaire rejette. » (Paragraphe 27) ### La décision sur la pension alimentaire: un avertissement sur les ordonnances provisoires Bien que Mme Lamoureux ait gagné sur la division des biens, elle n'a pas réussi à faire appel des ordonnances de pension alimentaire. Le juge de première instance lui avait imputé un revenu de près de 92 000 $ en raison de son chômage intentionnel et de ses compétences en design d'intérieur. Par conséquent, l'ordonnance finale l'obligeait à rembourser environ 90 000 $ de pension alimentaire provisoire qu'elle avait reçue avant le procès. La CACB a confirmé cette décision, notant que les ordonnances provisoires sont une « justice sommaire » conçue pour les besoins immédiats basés sur des dossiers incomplets. Lorsqu'un procès final détermine le droit réel, le remboursement peut être ordonné pour corriger le grand livre, et cela ne nécessite pas le même test juridique que la modification rétroactive d'une ordonnance finale. ### Implications pour le droit de la C.-B. L'affaire Lamoureux c. Hedquist rappelle avec force que la LDF privilégie le partenariat égal plutôt que la contribution économique. * Pour les propriétaires d'entreprise: Vous ne pouvez pas vous appuyer sur l'argument selon lequel vous avez « fait tout le travail » pour protéger la croissance de vos actifs commerciaux pendant une relation. Si l'entreprise croît, cette croissance est partagée également, à moins que des « circonstances exceptionnelles » n'existent.

  • Valeur au début de la relation: 1,285 million de dollars (biens exclus)
  • Valeur à la séparation/au procès: 3,575 millions de dollars
  • Croissance de la valeur: environ 2,29 millions de dollars En vertu de la LDF, la valeur de départ est exclue, mais la croissance de la valeur pendant la relation est un bien familial, présumément divisible à 50/50. Au procès, le juge a ordonné un partage 75/25 de cette croissance en faveur de M. Hedquist. Le juge de première instance a estimé que M. Hedquist était le moteur de l'entreprise, citant son « sens des affaires, sa réputation et l'absence de concurrence ». Le juge de première instance a fait la célèbre remarque selon laquelle Mme Lamoureux s'était simplement « accrochée » à une entreprise déjà prospère et qu'un partage égal serait considérablement injuste compte tenu de ses « contributions minimales ». ### La décision de la Cour d'appel La CACB, dirigée par le juge Harris, a accueilli l'appel sur la question du partage des biens, substituant une ordonnance de partage égal de l'augmentation de valeur. La Cour a constaté que le juge de première instance avait commis une erreur de droit en accordant une importance excessive à la « contribution relative ». La CACB a clarifié plusieurs points critiques concernant l'article 95 de la LDF: 1. Le seuil est élevé
  • Pour les conjoints non propriétaires: Cette décision protège votre droit à la croissance des actifs même si votre contribution à l'entreprise spécifique était minimale ou inexistante. ### Conseils pratiques 1. Les accords de cohabitation/mariage sont essentiels: Si un propriétaire d'entreprise souhaite protéger la croissance de ses actifs d'un partage égal, il doit signer un accord excluant le régime de biens de la LDF. S'appuyer sur l'« injustice importante » de l'article 95 au procès est une stratégie à haut risque.
  • Les évaluations sont importantes: La Cour a accordé une grande importance à la JVM convenue. Les parties doivent s'assurer que les évaluations sont exactes au début de la relation, car ce chiffre englobe le « fonds de commerce » et l'« élan » existant à ce moment-là.
  • Méfiez-vous de la pension alimentaire provisoire: Les bénéficiaires de pension alimentaire provisoire doivent savoir que si un juge de première instance impute ultérieurement un revenu ou détermine un droit inférieur, ils peuvent faire face à une ordonnance de remboursement substantielle, comme ce fut le cas avec le remboursement de 90 000 $ dans cette affaire. Ce billet de blog est à titre informatif seulement et ne constitue pas un avis juridique. Pour des conseils spécifiques concernant la division des actifs commerciaux ou la pension alimentaire, veuillez consulter un avocat spécialisé en droit de la famille.