Négligence professionnelle · 7 min
Fraude d’un consultant en immigration : que couvre le nouveau fonds d’indemnisation et quand faut-il encore envisager une poursuite en C.-B.?
Le nouveau fonds peut indemniser certaines pertes causées par la malhonnêteté d’un consultant titulaire de permis. Ses critères, son plafond et ses liens avec un recours civil en Colombie-Britannique méritent une attention particulière.

Vous avez payé un consultant en immigration pour s’occuper d’une demande importante. Or, l’argent a disparu, des documents ont fait l’objet de fausses déclarations ou le travail promis n’a jamais été effectué. L’annonce d’un nouveau fonds d’indemnisation peut être encourageante, sans toutefois répondre à toutes les questions sur le recouvrement de vos pertes.
Le Règlement sur le Collège des consultants en immigration et en citoyenneté, entré en vigueur le 15 juillet 2026, prévoit un mécanisme d’indemnisation de certaines pertes financières causées par les actes malhonnêtes d’un titulaire de permis. Pour une personne en Colombie-Britannique, la question pratique ne se limite pas au choix entre une plainte et une poursuite : il faut déterminer quelles démarches protègent à la fois le dossier d’immigration et les possibilités de recouvrement.
Quelles situations le fonds vise-t-il?
Le règlement distingue la malhonnêteté d’une demande infructueuse ou d’une erreur professionnelle ordinaire. Les actes malhonnêtes définis comprennent notamment le vol, la fraude, le détournement de fonds, certains manquements délibérés relatifs à l’assurance responsabilité et la communication consciente de renseignements faux ou trompeurs en matière d’immigration ou de citoyenneté, y compris le fait de conseiller à quelqu’un de les communiquer.
Un refus d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada ne prouve pas, à lui seul, l’existence d’un tel acte. Inversement, on ne devrait pas écarter une réclamation sérieuse simplement parce que le consultant parle d’un résultat malheureux. Il faut examiner le contrat, les conseils, les documents présentés, les paiements et la cause réelle du problème.
L’article 4 vise les actes malhonnêtes commis le 23 novembre 2021 ou après cette date. Il exige aussi une relation de services admissible et exclut la personne qui a volontairement participé ou contribué à l’acte. Il est donc essentiel de vérifier si le consultant détenait un permis au moment pertinent. Le fonds n’est pas un régime général couvrant tous les intermédiaires sans permis qui se présentent comme consultants en immigration.
La décision disciplinaire et le paiement sont deux étapes distinctes
Le règlement prévoit deux voies. Lorsqu’une décision admissible du comité de discipline établit à la fois l’acte malhonnête et le montant de la perte financière, aucune demande d’indemnisation distincte n’est nécessaire : le Collège doit aviser la personne de son admissibilité possible. Une demande est requise dans certaines autres situations, notamment lorsque le refus de collaborer du titulaire de permis empêche de déterminer la perte.
Le comité du fonds d’indemnisation décide ensuite au cas par cas. Selon l’article 15, il tient compte de la décision pertinente, de la perte financière, des preuves à l’appui, des indemnités déjà reçues et des règlements administratifs applicables. Une plainte n’est pas une indemnité accordée, et une allégation de malhonnêteté n’équivaut pas à une conclusion disciplinaire définitive.
Au 7 septembre 2026, les renseignements publics du Collège indiquent un paiement maximal de 7 000 $ CA par réclamation acceptée. Ils précisent également que les modalités opérationnelles et les règlements administratifs complémentaires sont encore en cours de finalisation. Il convient donc de vérifier la procédure concrète auprès du Collège, plutôt que de considérer le fonds comme un service de remboursement immédiatement accessible.
Pourquoi un recours civil en C.-B. peut-il rester pertinent?
Le fonds et la poursuite civile n’ont pas la même fonction. Le fonds vise une catégorie définie de comportements malhonnêtes. Un recours civil peut porter plutôt, ou également, sur un travail professionnel négligent, la violation d’un contrat de services ou une déclaration frauduleuse ayant causé un préjudice.
Prenons un exemple hypothétique : une personne paie pour une demande qui n’est jamais présentée, puis engage des frais supplémentaires pour en corriger les conséquences. Une indemnité du fonds pourrait compenser une perte admissible. L’analyse civile doit néanmoins établir ce qui avait été promis, ce qui a été fait, ce qui se serait autrement produit et quelles dépenses sont juridiquement recouvrables. On ne peut simplement attribuer à une possibilité d’immigration perdue la valeur que le client espérait en tirer.
Une réclamation pour négligence professionnelle exige généralement de prouver une obligation de diligence, le non-respect de la norme applicable, un lien de causalité et un préjudice. La fraude comporte ses propres exigences de preuve, dont la fausse déclaration et la connaissance de sa fausseté ou l’insouciance à cet égard. Ces qualifications juridiques doivent découler des éléments de preuve, et non les remplacer.
Le recouvrement a aussi une dimension pratique. L’identité du défendeur approprié, la couverture d’assurance éventuelle, les actifs disponibles et les frais de litige prévisibles peuvent compter autant que le montant réclamé. Une évaluation utile examine le bénéfice net réaliste de chaque avenue.
Ne laissez pas la plainte faire perdre un délai de recours
De nombreuses réclamations civiles en C.-B. sont soumises à un délai de prescription de base de deux ans à compter de leur découverte, sous réserve d’exceptions et de règles particulières importantes. La découverte répond à un critère juridique : elle ne correspond pas nécessairement à la date où l’organisme de réglementation confirme le manquement. Déposer une plainte ou attendre une décision disciplinaire ne suspend pas, en soi, ce délai.
Le règlement permet également au Collège d’exercer certains droits de recouvrement après avoir indemnisé une personne. Il faut considérer ensemble les sommes provenant d’un règlement amiable, d’une assurance ou du fonds : une même perte ne peut être indemnisée deux fois. Avant de signer une quittance générale en échange d’un remboursement, assurez-vous de comprendre les droits auxquels vous renoncez.
Aucune de ces démarches ne corrige automatiquement une demande d’immigration. Une lettre d’équité procédurale, un problème de statut ou la contestation d’une décision d’immigration peut nécessiter une intervention distincte, et beaucoup plus urgente.
Quels documents réunir avant de consulter?
- Le contrat de services, les factures, les reçus et les relevés bancaires ou preuves de virement.
- Le nom complet du consultant, son nom commercial et les renseignements sur son permis au moment des services.
- Les formulaires complets, les pièces justificatives, les confirmations de dépôt et la correspondance gouvernementale.
- Les échanges montrant les engagements pris, les démarches prétendument effectuées et le moment où vous avez appris le contraire.
- Une liste datée des pertes, remboursements, dépenses supplémentaires et mesures prises pour limiter le préjudice.
Conservez les originaux et les conversations complètes. Ne modifiez pas un document douteux et ne demandez pas de reconstituer une pièce manquante en la faisant passer pour un original.
Ce qu’il faut retenir
Le fonds constitue une voie complémentaire utile pour certaines pertes causées par la malhonnêteté d’un consultant titulaire de permis. Il ne remplace pas la vérification des délais civils, la preuve de l’ensemble des pertes ni les mesures nécessaires pour protéger un dossier d’immigration.
Sinclair Centre Law LLP peut évaluer un recours potentiel en Colombie-Britannique concernant la négligence ou la fraude d’un consultant en immigration et vous aider à cerner les documents et échéances importants. Appelez notre bureau de Vancouver au 604-210-2009 pour discuter de votre situation et des prochaines démarches possibles.
Cet article fournit des renseignements généraux, et non un avis juridique adapté à un dossier particulier. Le cadre d’indemnisation présenté a été vérifié le 7 septembre 2026.
Références
Sinclair Centre Law
Commencez par une première conversation.
Indiquez la nature générale de votre dossier et toute échéance urgente. N’envoyez pas de documents confidentiels avant confirmation du mandat.
